10/06/2020

Karima Delli, les opérateurs de transports publics et les autorités organisatrices appellent la Commission et les États à soutenir les transports publics pour surmonter la crise du Covid-19 et atteindre les objectifs du Pacte vert européen


« Le secteur des transports représente 30% des émissions de CO2 en Europe et est le seul secteur dont les émissions continuent à augmenter. Les villes sont confrontées au pire et il est clair que si nous voulons toujours pouvoir tout simplement respirer à l’extérieur dans un avenir proche, nous devons repenser complètement notre façon de nous déplacer. Je suis convaincue que le changement majeur de paradigme passera par la réduction drastique des voitures individuelles dans les villes, les citoyens pouvant accéder à des alternatives encore meilleures qui correspondent parfaitement à leurs besoins de mobilité. Demain, la mobilité sera durable, inclusive et sûre. Il est impossible d'atteindre ces objectifs sans un réseau solide de transports publics ».

À la suite d’une première réunion par visioconférence qui a eu lieu le mardi 26 mai, Karima Delli, présidente de la commission "transports et tourisme" du Parlement européen, ainsi que les PDG des entreprises de transports publics et Pere Calvet, président de l'UITP, ont décidé d’interpeller la Commission européenne et les États membres afin de faire reconnaître le rôle inestimable des transports publics dans la mobilité d'aujourd'hui et de demain et la nécessité de soutenir ce secteur.

Le moyen le plus rapide et le plus rentable de décarboniser la mobilité du quotidien et de réduire l'empreinte carbone des citoyens est de promouvoir l'utilisation des transports publics. La promotion du transfert modal dans l'UE semble être une priorité absolue pour lutter contre la pollution de l'air et le changement climatique. Chaque année, les transports en commun peuvent contribuer à éviter 20 fois la quantité de CO2 qu'ils émettent. Augmenter l'utilisation des transports en commun est l'une des solutions pour répondre aux ambitions du Green Deal ainsi qu'à nos objectifs climatiques. La polycrise actuelle qui affecte le monde entier a eu des impacts importants sur l'économie globale. Les conséquences sur les opérateurs et les autorités des transports publics sont multiples et continueront à se faire sentir pendant plusieurs années. Le secteur a besoin d'être soutenu pour pouvoir survivre à cette crise et répondre à nos attentes en matière de mobilité durable.

Les problématiques suivantes ont été identifiées :

1.      Les transports publics doivent être l'épine dorsale de la stratégie de mobilité locale à travers l'UE:

Les transports publics ont joué un rôle clé pendant la crise du coronavirus et continueront à être essentiels. Nous regrettons par conséquent profondément que le secteur ne semble pas être une priorité claire dans les plans de relance de la Commission et des États membres et dans les stratégies européennes à venir au sein du Green Deal ;

Nous devons concevoir nos villes de manière plus réfléchie et plus verte pour mieux organiser la mobilité. La Commission européenne devrait mettre en place des politiques de réallocation de l'espace au profit des transports publics pour améliorer la qualité de vie des citoyens et diminuer le niveau de pollution. Cette politique urbaine doit aborder la question du lissage des heures de pointe et de l'adaptation des transports publics à l'évolution des déplacements.

2.      La nécessité d'un soutien économique et financier

a. Le secteur aura besoin d'un soutien financier à très court terme pour pouvoir surmonter la crise actuelle.

b. Les opérateurs de transports publics se retrouvent dans une situation contradictoire où, d'une part, ils doivent fournir le même niveau de services que celui fourni antérieurement à la crise, mais d'autre part, ils sont confrontés à une baisse spectaculaire de leurs revenus qui sont basés sur le niveau d'utilisation et de dotation des autorités locales. Il est évident que recevoir au plus 10% des revenus des billets tout en conservant en moyenne entre 70 et 100% du service n'est pas viable financièrement. Une estimation approximative des pertes de revenus à l'échelle européenne dans les transports publics urbains et locaux chiffre celle-ci à environ 40 milliards d'euros d’ici à la fin de l’année 2020. Ce à quoi il faut ajouter un nettoyage et une désinfection rigoureux des véhicules et des plaques tournantes, la fourniture de masques au personnel et aux passagers et l'augmentation du niveau de service pour faire face aux mesures de distanciation physique et éviter la promiscuité dans les véhicules de transport en commun. Toutes ces mesures sont coûteuses.

c. La crise économique affecte également massivement les ressources financières des autorités de transports publics. Les spécificités des services de transports publics en Europe ne doivent pas être oubliées par les décideurs européens. Les subventions et contributions provenant des collectivités locales sont basées sur différents régimes fiscaux fortement touchés par la crise.

d. Ce serait catastrophique si, pour la première fois, nous devions faire face à une baisse du niveau de services des transports publics. Outre la décarbonisation de la mobilité quotidienne locale, un transfert modal vers des modes plus propres comme les transports publics offre des avantages conséquents. Ces avantages comprennent un air pur, une réduction du bruit, une meilleure utilisation de l'espace public, une circulation sans accident, une meilleure qualité de vie et une cohésion territoriale et sociale. En effet, les transports publics représentent le principal moyen de transport pour les catégories d'usagers les plus vulnérables et relient les banlieues aux villes. Il ne faut pas oublier non plus que les transports publics créent des emplois locaux non délocalisables. Le secteur des transports publics est l'un des plus gros pourvoyeurs d’emplois au niveau local, avec quelques 2 millions de personnes dans l'UE, soit 20% des 10 millions de personnes employées dans l'ensemble de l'industrie des transports.

3. Des investissements pour augmenter le niveau de service, accueillir un plus grand nombre de passagers et accélérer la transition vers une mobilité basse et zéro émission :

a. Dans le cadre du plan de relance de l'UE, le secteur des transports publics aura besoin d'un niveau substantiel d'investissements en termes d'infrastructures, d'actifs et d'instruments de politique de mobilité. Cela aidera le secteur à relever les défis climatiques et numériques ainsi qu'à répondre à la demande et aux attentes croissantes des passagers. Enfin, cela contribuera à la réalisation des objectifs stratégiques du Green Deal, notamment la décarbonisation, la décongestion et la justice sociale.

b. Investissements dans les infrastructures de transports publics routier et ferroviaire. Les services ferroviaires sont essentiels dans de nombreuses zones rurales et suburbaines. Le transport ferroviaire régional et suburbain représente 90% du nombre total de voyageurs ferroviaires en Europe et transporte 10 fois plus de passagers que n’en prend en charge le transport aérien.

c. Des investissements pour aider les acteurs de la mobilité à fournir des services supplémentaires tels qu'une augmentation des services aux heures de pointe, de nouveaux services complémentaires d'autocars, la création de lignes de bus et d'autocars dédiées, des services à la demande, etc.

d. Tous les fonds européens à venir consacrés à l'écosystème des transports publics devront prioritiser non seulement les nouveaux investissements, mais également la maintenance des infrastructures actuelles. Cela contribuera à optimiser la valeur et la résilience des réseaux de transport existants.

e. Les investissements dans la mobilité urbaine propre devraient principalement reposer sur des subventions, notamment via le nouveau mécanisme de relance et de résilience et par le biais d’InvestEU.

Les transports publics ont un rôle environnemental essentiel à jouer dans les années et décennies à venir. Les objectifs du Green Deal ne seront jamais atteints si l'Union européenne ne met pas l'accent sur la mobilité quotidienne dans les zones urbaines et suburbaines afin de lutter contre la pollution et la congestion.

La future stratégie européenne pour une mobilité durable et intelligente devrait fournir les outils nécessaires pour répondre à l'importance des besoins de mobilité collective durable. En 2018, les bus, tramways, métros, trains de banlieue et régionaux en Europe ont transporté près de 60 milliards de passagers, soit plus de 40 milliards de déplacements en voiture évités. Plus que jamais, le Green Deal est l'occasion pour l'Union européenne de proposer et de mettre en œuvre des solutions concrètes pour améliorer la vie quotidienne et la mobilité de millions de citoyens.

Karima Delli, Présidente de la commission ‘transports et tourisme’ du Parlement européen

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