26/05/2020

Le plan de relance automobile : un chèque en blanc pour constructeurs, le Titanic pour les salariés !


Ce mardi 26 mai, le président Emmanuel Macron a détaillé son plan de relance pour le secteur de l’automobile. Trois jours avant l’annonce du plan d'économies de deux milliards d'euros que doit dévoiler le groupe Renault, l’exécutif souhaite encourager l’achat de véhicules électriques et renforcer la compétitivité du secteur.

« En France, le secteur de l’automobile concerne plus de 900 000 emplois directs ou indirects. Avec un tel enjeu social, l’Etat ne peut pas se contenter de soutenir inconditionnellement les entreprises en fermant les yeux sur le démantèlement des sites de production. Ne pas se servir de ces aides comme des leviers d’orientation en faveur de la relocalisation et la reconversion durable est une erreur stratégique grave » estime Karima Delli, eurodéputée écologiste qui craint que l’on paie collectivement « cette lâcheté au prix fort, lorsque des milliers d’ouvriers se retrouveront au chômage». À ce titre, elle rappelle que dans ce secteur, 20% des salariés ont plus de 55 ans et que leur position sur le marché de l’emploi sera extrêmement précaire.

La Présidente de la Commission des transports déplore le manque de concertation avec les régions et les ONG en même temps qu’elle insiste « sur la nécessité de mettre en œuvre un plan de sortie diesel et essence comme c’est déjà le cas au Danemark ». Pour en finir avec ces carburants d’ici 2030 elle propose « par exemple d’instituer un mécanisme de bonus malus en fonction du poids du véhicule ou de taxer ceux qui consomment le plus comme les SUV ».

Karima Delli met cependant en garde contre le mirage de l’électrique : « miser sur le tout électrique demain sera d’évidence un échec environnemental ». En effet, « À cause des métaux qu’elles requièrent, les batteries ont une disponibilité limitée et une production très polluante. Elles ne seront pas en capacité de substituer tout le parc de véhicules thermiques. Il faut donc s’interroger sur les priorités d’affectation. Une voiture électrique est seulement propre à partir de 50 000 kilomètres » rappelle-t-elle. En termes de compétitivité, l’eurodéputée souligne également l’urgence de la relocalisation, et pas seulement nationale : « Il est temps de considérer enfin la chaîne de production à l’échelle européenne. Cette stratégie, aussi ambitieuse que nécessaire, demandera d’harmoniser les coûts de la manœuvre, de créer des indicateurs sociaux et environnementaux fiables mais aussi de taxer les véhicules importés au sein de l’Union pour éviter la concurrence déloyale ».

Pour Karima Delli, ces mutations profondes devront procéder d’un changement de modèle qui accordera une large part aux mobilités alternatives : « Demain, il n’y aura probablement pas un seul type de motorisation, mais une pluralité de solutions. La question est de savoir si ces différents types seront adaptés aux usages dans une perspective durable ou bien s’ils poursuivront la gabegie énergétique. » À moyen terme, l’objectif demeure la décongestion des routes qui permettrait plus de sécurité et d’investissement pour les mobilités alternatives « parce qu’elles soient propres ou non, nous devons diminuer le nombre de voitures sur la route. Il n’y aura pas de solution technologique miracle pour en finir avec le trafic !».

L’eurodéputée est consciente que ces propositions passent par un changement de paradigme complet qui dépasse l’achat personnel : « Les constructeurs devront comprendre que la voiture sera un service et non plus une propriété. Nous allons passer de la voiture individuelle à une voiture partagée et adaptable. C’est la raison pour laquelle nous pouvons exiger des constructeurs qu'ils soient propriétaires des moteurs, afin qu'ils en assurent le maintien en parfait état de fonctionnement ainsi que leur recyclage en fin de parcours. Un tel système permettrait la formation d’emplois qualifiés et enfin indélocalisables ! » conclut-elle.