Transports, voyages, pêche : quelles seront les conséquences du Brexit ?

Alors que la période de transition pour Londres expire le 31 décembre, de nombreuses questions restent en suspens, notamment en ce qui concerne les transports


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En quelques lignes

Aujourd’hui nous allons parler du Brexit, parce que cette semaine de négociation va être décisive pour déterminer à quelles conditions le Royaume-Uni sortira de l’Europe.

 

Alors que la période de transition pour Londres expire le 31 décembre, de nombreuses questions restent en suspens, notamment en ce qui concerne les transports : Pourrai-je continuer à aller au Royaume-Uni ? Est-ce que les bus/cars/trains/avions/bateaux m’emmèneront encore sur place ? Combien de temps aurai-je le droit de rester ? Quelle responsabilité en cas de pépin lors de mon transport ? etc etc.

C’est ce genre de problématique que je vous propose d’éclaircir dans cet article qui revient aussi sur les dossiers que je défends en tant que Présidente de la commission des transports au Parlement européen. Alors je vous propose de répondre à vos questions concernant l’impact du Brexit que sur cinq secteurs clé !

1. La pêche, le point dur des négociations du Brexit

Pourquoi tant de tensions autour de ce sujet ?

Cela parait évident : les poissons n’ont pas de frontières. L’Union européenne et le Royaume-Uni ont en commun une centaine de populations de poisson. Et si nous voulons d’éviter la surpêche dans les eux de l’Union, il faut gérer cette ressource en commun, avec équité et parcimonie, sinon nous allons droit vers une catastrophe écologique et sociale ! En particulier dans la région des Hauts-de-France, ma région.

Et ici nous faisons face à un contexte particulier parce que si, à bien des égards, le Royaume-Uni a beaucoup plus à perdre en quittant l’Union, ce n’est pas le cas de la pêche :  historiquement, les bateaux européens vont beaucoup plus pêcher dans les eaux britanniques. En effet, beaucoup de petits pêcheurs prélèvent deux tiers de leur pêche dans les eaux britanniques. Et c’est pour cela que le premier ministre, Boris Johnson, veut faire de la pêche une monnaie d’échange.

Mais ce divorce ne peut pas marcher à la carte, il nous faut un accord global, qui inclurait le commerce, la pêche, la libre circulation… Dans le cas contraire, ce sont encore les petits pécheurs qui seront le plus impactés par la crise. Et dans cette bataille, je tenais à remercier ma collègue Caroline Roose pour son travail sur la préservation de la pêche artisanale, la biodiversité et les réserves de poissons.

2. La question de l’eurotunnel : la collaboration et la sécurité avant tout

On le sait, les négociations du Brexit patinent et on pourrait se retrouver avec un no deal. Dans ce cas comment éviter d’éventuelles catastrophes dans la gestion de l’eurotunnel ?

En premier lieu, il faut rappeler que l’eurotunnel c’est 11 millions de passagers et des millions de tonnes de marchandises par an. Sans oublier que c’est une solution de mobilité qui favorise la réduction des émissions de CO2, puisque le passage de l’avion aux trajets ferroviaires réduit les émissions annuelles de l'équivalent de 750 000 tonnes de CO2, soit 60 000 vols court-courriers, chaque année.

Jusqu’ici, une autorité unique de gestion est responsable de l’eurotunnel. Son rôle c’est d’appliquer le droit de l’Union européenne. Or, une fois que la période de transition sera écoulée, le Royaume-Uni sera bel et bien un État tiers, ça veut dire qu’il aura ses propres juridictions et son propre droit.

À partir de là, tout l’enjeu va être de verrouiller un système de règles qui place la sécurité et la sureté de l’infrastructure au cœur de la gestion du tunnel. Le but est aussi de permettre à la justice de faire son travail en cas de problème pour sécuriser l’acheminement des hommes et des marchandises.

La position que le Parlement défend aujourd’hui est que la Cour de justice de l’Union européenne continue de jouer les arbitres en laissant la possibilité au Royaume-Uni d’y être représenté. C’est dans ce sens que nous avons voté lors de la première plénière d’octobre 2020. Maintenant c’est à la France et au Royaume-Uni de s’entendre pour collaborer au sein de l’autorité de gestion. Responsabilité et sécurité doivent rester les maîtres mots de ce dossier.

N'oublions pas qu’avec ses 3 500 salariés, l’Eurostar constitue un maillon important de l’économie et de l’aménagement de la Région du Nord. Cette ligne permet à des milliers de citoyens des Hauts-de-France et ressortissants européens de vivre et travailler dans ce cadre transfrontalier. Il faut tout faire pour ne pas la fermer !

3. Brexit et aviation :

Dans le contexte du Brexit, il est impératif de se poser la question de l’aérien.

Eh oui, parce qu’on l’oublie souvent, mais le ciel est un objet de droit comme un autre et les déplacements aériens sont soumis à tout un ensemble de règles et d’autorisation.

Ainsi, plusieurs questions doivent être réglées afin de garantir aux compagnie aériennes et à leur passagers un maximum de protection juridique. Tout l’enjeu est d’établir la capacité des compagnies britanniques à voler dans le ciel européen et vice-versa.

Aujourd’hui les négociateurs se battent pour obtenir un accord qui définisse dans quelle mesure les compagnies aériennes détenues par les britanniques pourront opérer dans le Ciel de l’Union. Bien sûr, la réciproque doit être également garantie. L’idée ici est de ne pas entraver la circulation des avions mais surtout de préserver une concurrence équitable entre les compagnies. Encore une fois, avec ou sans accord, il faut protéger les salariés contre le dumping social et les passagers contre les fraudes. Et tout cela sans perdre de vue que dans un contexte d’urgence climatique, il est primordial que l’aviation, gros émetteur de CO2, ne devienne pas un objet de surenchère déloyale entre le Royaume Uni et l’UE.

4. Brexit et transport maritime :

Avec le Brexit de nombreuses question se posent pour le secteur maritime notamment sur le transport de marchandises et des passagers mais aussi sur la sécurité des navires et le financement des ports.

Dans le ciel ou sur l’eau c’est le même combat. Il faut savoir quels types d’infrastructures portuaires seraient soutenus et où, notamment dans le but de désenclaver l’Irlande, en maintenant des échanges bilatéraux. À ce stade, la France devrait pleinement s’investir pour protéger ses ports, spécialement les ports bretons. En tant qu’ancienne rapporteure sur le texte de contingence sur le Mécanisme d’Interconnexion en Europe et le Brexit, je peux vous dire que ce qui est primordial à la veille de la sortie c’est de garantir la concurrence équitable mais aussi les emplois qui dépendent du secteur.

Je pense notamment au cas de l’entreprise Brittany Ferries, une compagnie opérant sous pavillon français mais dont la clientèle est à 85% britannique. Entre le Brexit et la crise du COVID, c’est plus de la moitié de l’effectif qui est en chômage partiel (1 311 personnes sur 2 865 employés). C’est aussi cette réalité là qu’il faut avoir en tête lorsque l'on parle du Brexit et continuer de défendre les travailleurs.  

5. Brexit et transport routier :

Dans le domaine du transport routier aussi les questions sont multiples. Voici quelques-unes des plus pressantes : Dans quelle mesure les opérateurs routiers britanniques et de l’UE pourront accéder au marché de l’autre, dans le cadre d’opérations de transport international ou de cabotage ?

Tout d’abord, le cabotage qu’est-ce que c’est ?Cela consiste à quitter un pays avec un camion et à charger puis décharger, à plusieurs reprises, avant d’arriver à destination ou avant de retourner dans le pays d’origine. La réglementation le concernant est protectionniste, cela veut dire qu’elle a pour objet d'éviter des mises en concurrence déséquilibrées entre les transporteurs routiers qui seraient favorisés par des prix de revient plus faibles par rapport à leurs confrères étrangers.

Après le Brexit, l’idée serait peut-être de ne pas avoir exactement les mêmes règles applicables aux autres États tiers, compte tenu des liens étroits entre les Britanniques et les Européens. Et ça, on ne le saura qu’à l’issue des négociations.

Voilà pour notre saga Brexit & Transports, je vous tiendrai au courant de l’avancée du dossier !

 


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